Je connais le chemin qui de la rue entre les ronces et les orties fait le tour de du vieux manoir abandonné... J'ignorais que derrière la bâtisse, là où je jouais enfant, tout près de chez moi... à la nuit tombée entre les buissons de buis entre adultes consentants on s'entendait facilement (si facilement). On ne s'embarrasse pas de sentiments ici et surtout on ne cherche pas l'imprévu, on cherche juste celui qui satisfaira ses désirs.
Qu'il veuille lui de moi je ne suis pas surpris, seul plaisir : qu'il me préfère à un autre.
Il passe devant moi et se dirige vers un fourré ; je luis fausse compagnie avant le passage à l'acte.
Ce n'est pas une rencontre sans hasard. C'est plus proche d'une relation commerciale : désir pour l'objet de l'échange, et non pour le vendeur.
Je préfère me souvenir (au hasard) de cette vraie rencontre un soir de chaos (innondation, trains et routes bloqués) quelque part dans une zone inconnue avec une garçon d'une origine indéterminée qui fumait un cigarillo. Etait-ce à cause de l'orage dans l'air mais entre et lui et moi, mais il passa comme un courant électrique qui nous rapprocha violemment. Il me proposa d'aller "quelque part". Je le suivis en toute confiance... J'aimerais le retrouver par hasard...
(En me souvenant de garçon, j'oublie que c'est moi qui ait pris les devants en le coinçant contre un mur... J'oublie aussi que c'était il y a un an, car l'émotion de ce moment-là reste intacte.)
Bienheureux ceux qui trouvent leur bonheur dans ces buissons. Mais je préfère m'en aller.
Je me retourne une dernière fois : deux corps enlacés... un regard qui s'en détache, vers moi, et qui entraîne tout le corps à qui il appartient, vers moi. "C'est con, on était trop fusionnel", dit dans un langage post-ado celui que délaisse celui qui vient vers moi. Me voilà bien...
Un garçon qui ne provoque pas en lui-même un frisson de désir (il paraît cependant d'un goût sûr, ni vert, ni blet, pas très charnu mais, selon le témoignage de l'autre, bien charnel) mais qui, en s'approchant, me fait frémir. Il m'offre ses lèvres et je ne refuse pas les miennes. Après tout, il n'est pas mal cet endroit.