Jan, le petit nouveau de l'informatique, descend nous voir ; avec son sourire canaille, il a vite séduit tout le monde. Moi compris : mais réfréner cette tendance à l'érotomanie, sale manie ; rester pro : bonne ambiance, bonne humeur, pour la forme...
La fille de la qualité passe. Jan, après, me lance un clin d'oeil : elle lui plait bien, il l'a dans son viseur. Qu'importe : je sais qu'il n'est pas fait d'un bloc ; du moins, sur son profil sur un réseau social, il se présente comme bi (il a un drôle de pseudo : cygne à pois).
Je joue un rôle facile avec lui : le garçon qui rit sans se forcer et qui fait rire à son tour.
Jan s'excuse de faire des fautes dans ses mails (mais sa langue maternelle, c'est l'allemand). Je lui donnerai des cours de grammaire.
Alors que Jan s'en va, je le suis sans me soucier de ce que peut penser mes collègues. "Je te dois te parler d'un truc, on monte ensemble". Son bureau est à l'étage supérieur, mes visites y sont fréquentes.
Partant avec Jan, je ne fais que prolonger mon histoire avec les garçons.
Nous ressemblons dans le couloir à deux collégiens copains potaches qui plaisantent entre deux cours.
Il paraît que nous avons été rachetés.
Lorsque Jan accélère le pas et se glisse dans les toilettes par une porte à moitié ouverté, la légèreté fait place à la solennité des moments importants : l'invitation m'apparaît comme évidente.
Le coeur battant, je m'approche de la porte que je pousse... elle me revient aussitôt en pleine poire.
Je suis sonné : erreur fatale ?
Par la porte entrebâillée, je le vois dans le miroir en face, nos regards s'y croisent. Une gravité dans son regard : mais quelle signification à cette gravité ? Le pire serait que moi simple rêveur lui fasse peur. Cette idée m'est insupportable.
Je pousse sans qu'elle soit retenue la porte et fait face au garçon qui contre l'urinoir reste sans reaction.
"Qu'as-tu ? Tu as peur que je te viole ! Comment le pourrais-je ?" Ce serait plutôt lui qui pourrait abuser de moi. Pouvoir comme capacité physique de sa part, ses bras que je regarde étant plus musclés que les miens, et envie de ma part qui sur le coup me traverse l'esprit sans que je n'ose la formuler, même pour rire. Idée violente et séduisante. Mon corps parle pour moi : mains sur les hanches, menton relevé, je l'invite à faire ce qu'il veut de moi.
Nous sommes deux corps immobiles qui se font face et qui sont prêts à faire un mouvement dans un sens ou un autre peut-être le même peut-être le bon.
Si je me suis trompé dis-le je m'en vais je démissionne.
Cette force magnétique qui m'attire vers lui ne vient pas de moi mais de lui, on retient les chevaux par la bride jusqu'à ce qu'elle lâche. Ni fondre ni lui voler dans ses plumes de cygne, juste un pas glissant sur le carrelage et laisser nos bouches se rencontrer, nos lèvres s'accolents, toute tension disparaît, nos bouches adhèrent l'une à l'autre et chacun aspire l'autre pour se nourrir de son énergie, le goût de l'autre et la splendeur du moment.